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dimanche 4 juin 2017

La charité juive commence par soi-même



LA CHARITÉ JUIVE COMMENCE PAR SOI-MÊME

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

        
Arie Dehry à sa sortie de prison en 2002

          L'originalité en Israël fait qu'un ancien ministre, repris de justice, est autorisé à reprendre des activités dans le même ministère où il avait été surpris les doigts dans le pot de confiture. Le leader du parti religieux Shass, Arie Dehry, reconnu coupable en 1999 de corruption et de détournement de fonds pour avoir versé 155.000$ de pots-de-vin en tant que ministre de l'Intérieur, avait été condamné à trois ans de prison ferme en 2000. Il avait été libéré pour bonne conduite en 2002 après avoir purgé 22 mois de sa peine.




            Il s’estimait blanchi après cette peine puisqu’il avait été nommé à nouveau à la tête du parti orthodoxe séfarade Shass au détriment d’Elie Yishaï, son adversaire de toujours, contraint à l’exil politique. Ce dernier pourrait d’ailleurs être rappelé pour reprendre du service au sein du parti qu’il a quitté.
            Une enquête avait été ouverte en mars 2016 pour une nouvelle affaire de corruption. La police israélienne avait reçu l’accord du procureur général Avichai Mandelblit pour enquêter sur des soupçons de fraude. Quel que soit le résultat de l’enquête, la réputation des élus israéliens est écornée, surtout après une récidive aussi flagrante.
            Dans cette nouvelle affaire de corruption présumée, sa femme Yaffa Dehry vient d'être mise en cause. Elle et son époux ont été interrogés le 29 mai 2017 durant onze heures dans le bureau des policiers de l’unité Lahav 433 sous l’accusation de «soupçon de blanchiment d'argent, de fraude et d'abus de confiance». L’unité Lahav 433 résulte de la fusion, le 1er janvier 2008, de cinq départements de police pour lutter contre le crime organisé. Connue sous le nom de «FBI israélien», l'unité a été créée sur décision du ministre Avi Dichter pour enquêter sur le grand banditisme, les crimes et la corruption au sein des intitutions israéliennes.
Derhy et sa femme


             Quatorze complices dont un membre du Conseil municipal de Jérusalem, Moshé Leon, et le directeur général du Ministère du développement du Néguev et de la Galilée, Ariel Mashal seraient impliqués. La police dit détenir 350 dossiers et documents qui viennent étayer son accusation. L’association Mifalot Simkha, dirigée par Yaffa Dehry, est impliquée dans des collectes de fonds suspectées d’infractions pénales et fiscales. 
Ecole Beith Yaacov

         Cette association, créée il y a 18 ans, gère un réseau d’enseignement pour 800 étudiantes, dont l’école secondaire Margalit, disposant d’un budget de 2,8 millions de dollars. Par ailleurs le séminaire Shevilei Beit Yaakov accueille 400 filles qui sont orientées vers les études de comptabilité et de secrétariat et qui appartiennent à des familles défavorisées, trouvant ainsi une nouvelle chance d’intégration sociale.
            En 2016, Mifalot Simkha a obtenu 160.000 dollars du ministère de l’intérieur en plus des millions de shekels qui lui sont distribués par le ministère de l’Éducation et des nombreuses donations de milliardaires et de sociétés privées. Des oligarques russo-israéliens sont impliqués dans cette nouvelle affaire de corruption. L’ex-pédiatre Michael Mirilashvili et son fils Yitzhak figurent parmi les 14 suspects détenus pour interrogatoire par l’unité 433.
Michael Mirilashvili

            Michael Mirilashvili est né en Géorgie en 1960 et a déménagé à Saint-Pétersbourg pour étudier la pédiatrie, avant de se concentrer sur les entreprises dans les années 1980. Sa richesse provient de l'immobilier, du pétrole et des diamants, des nouveaux media, des énergies renouvelables, des produits pharmaceutiques et des casinos en Russie. Il est accusé d’avoir donné des millions de dollars aux associations gérées par la famille Dehry. La police soupçonne que la corruption est à la base de plusieurs achats immobiliers au profit des membres de la famille du ministre. La police a précisé que le ministre et sa femme sont soupçonnés de «blanchiment d'argent, de fraude, de manquement à la confiance, de vol d'une personne autorisée, d'un faux enregistrement de documents d'entreprise et d'infractions fiscales».
            La police veut expliciter la contrepartie des centaines de milliers de dollars par an offerts à Mifalot Simkha par Michael Mirilashvili qui a cherché à développer des relations commerciales substantielles avec la Russie et à s’implanter en Israël. Il détient 5,2% de la société israélienne d'exploration de pétrole et de gaz ILDC Energy et des participations dans de nombreuses autres sociétés israéliennes ou groupes d’investissement.
Villa des Dehry au premier plan


         Mais l'enrichissement personnel de Dehry est en cause. La police s’intéresse en particulier aux modalités de financement de la résidence secondaire des Dehry, une villa construite dans le village de Safsoufa, à proximité de Méron, dont l'édification a coûté plus d’un million de dollars. Il s’agit d’un grand investissement qui, selon le ministre de l’Intérieur et pour sa défense, a mobilisé les finances de toute sa famille.
            Selon la police, l’enquête a permis de préciser les «chefs d'accusation d’abus de biens sociaux, d’escroquerie, de blanchiment, de fraude fiscale et de félonie» qui devraient conduire à nouveau à une condamnation à une peine de prison qui tiendra compte cette fois de la récidive. En revanche rien n’a été révélé sur les services rendus par le ministre de l’intérieur en contrepartie des «cadeaux financiers».
Macron Lapid

            L’avenir de la coalition gouvernementale est compromis sauf à exfiltrer Arie Dehry du gouvernement pour le remplacer par un autre membre du Shass. Cependant, les sondages encourageants pour le Likoud pourraient renforcer l’idée de Netanyahou de procéder à des élections anticipées pour consolider l’assise de sa coalition et pour en neutraliser les éléments perturbateurs ou concurrents. L’effondrement des travaillistes pourraient aussi favoriser une remontée de Yesh Atid de Yaïr Lapid qui a annoncé à plusieurs reprises qu’il ne voyait aucun inconvénient à participer à un gouvernement Likoud, sans les orthodoxes et sans les sionistes religieux de Naftali Bennett. Dans sa conférence du 7 mars 2017, il avait déclaré qu’il tendrait la main aux partis de gauche et de droite pour tenter de former un gouvernement d’unité nationale. Il semble vouloir s’inspirer de la stratégie d’Emmanuel Macron en se définissant autrement dans la carte politique : «Je ne suis ni à droite ni à gauche, je suis un homme du centre». La recomposition du paysage politique israélien est en route.

                        

5 commentaires:

Georges KABI a dit…

Tout ceci n'est pas veritablement etonnant. Israel est decrit comme etant l'unique democratie dans la region. Or, la democratie a, parmi ses nombreuses qualites, celle de defendre l'interet de la minorite ou des minorites, qu'elles soient politiques, religieuses ou ethniques. Or, cela n'est pas le cas en Israel ou des le moment ou une coalition a ete formee pour diriger le pays, cette majorite s'approprie a peu pres tous les droits. Un homme comme Arie Derhy, dans un pays normal, n'aurait jamais pu revenir en politique et encore moins revenir au poste d'ou il avait ete inculpe. Mais la coalition majoritaire en decida autrement.
Je ne sais pas si Arie Derhy sera de nouveau inculpe (perso, je ne le pense pas), je ne sais pas si Bibi ira vers de nouvelles elections (je ne le pense, les derniers sondages donnant le Likoud en nette progression), neanmoins je continue a me poser (je dois etre idiot) des questions sur la probite de nos politiciens.

Bernard MEYER a dit…

Personnellement je vois que l'on assiste à une classe politique copie conforme de celle de la France.
Qui elle, a déjà remplacé "le clan des menteurs et des voleurs" se trouvant dans l'opposition par "le clan des menteurs et des voleurs" dans son propre camp.
Par ailleurs n'est ce pas plutôt Macron qui se serait inspiré de Lapid, ce dernier se définissant au centre de la classe Politique bien avant que Macron n'apparaisse sur l'échiquier français.
Bernard Meyer

V. Jabeau a dit…

Il semblerait qu'un escroc le reste toute sa vie, et que la "déradicalisation" soit difficile, même en passant par la prison. Il semble également qu'être très religieux ne protège pas de cette malhonnêteté. Mais demandons - nous pourquoi la vie politique attire plus les profiteurs, aux autres capacités moyennes, et surtout pourquoi nous, les électeurs, votons pour eux ? Ils nous ressemblent donc tant que celà ?

Paul ACH a dit…

Un excellent article de Jacques Benillouche sur les "problèmes" d'Arie Dhery, qui ressemblent à ceux déjà rencontrés et qui lui avaient valu 3 ans de prison.
C'est incroyable comme ces "religieux" sont impliqués dans des affaires sordides : détournement de fonds, corruption, recel de détournement financier et même harcèlement sexuel.
Et le comble est qu'il siège au Gouvernement et que son Parti fasse "la pluie ou bien le beau temps" car il permet d'avoir une majorité.
A quand une moralisation de la Vie Politique en Israël.

Sara GABBAI a dit…

un clou de plus dans le cercueil de la probité en Israel..facile de parler démocratie lorsqu'on ne suit pas la politique au quotidien..l'ivresse du pouvoir a déjà érodé depuis longtemps les fondements du pays. La question qui s'impose, jusqu'où, jusqu'à quand, et à quel prix??